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Macédoine-Situation 19. Le 17.12.2017 La langue macédonienne ou Brève histoire vraie de la langue macédonienne par l’esprit scientifique

André Vaillant, Manuel du vieux slave, p.13, Institut d’Études Slaves, Paris, 1964.

« Les créateurs de la langue écrite, Cyrille et Méthode, étaient de Salonique ; l’école de saint Clément travaillait en Macédoine occidentale, autour d’Ohrid : le vieux slave est d’abord du vieux macédonien. Mais l’Empire bulgare de Siméon et de Pierre a son centre à Preslav, en Bulgarie orientale : la langue littéraire y prend une forme un peu différente, et devient du vieux bulgare. Puis l’empire bulgare se transporte à Ohrid, et le vieux macédonien l’emporte.

Les différences entre le vieux macédonien et le vieux bulgare sont légères, mais sensibles ; elles apparaissent surtout dans le vocabulaire, mais aussi dans la grammaire. Elles s’accusent dans les cas où nous possédons le même texte dans les deux versions : l’Évangile et l’Évangéliaire de Sava (§6), l’homélie d’Épiphane donnée par le Clozianus et le Suprasliensis (voir II, VIII). Mais la tradition macédonienne, la plus ancienne, était la plus forte, et le vieux bulgare ne s’en est pas complètement libéré : nous trouvons des textes à traits vieux-bulgares, mais non une opposition tranchée entre deux langues littéraires basées sur deux dialectes distincts.

La substitution temporaire du vieux bulgare au vieux macédonien semble coïncider avec la transformation, qui, elle, a été durable, de l’alphabet glagolitique en alphabet cyrillique (§9). »

 

Marcel Courthiade, « Sur le problème de l’unité des parlers rroms », p.15-24, Studia indo-iranica, 1983.

« Le macédonien et le bulgare se différencient des autres langues slaves, et notamment du serbo-croate, par la disparition de la déclinaison nominale (déjà atrophiée dans les parlers serbes du Sud-Est), l’emploi de l’article défini postposé et la tendance au redoublement du complément d’objet. Les dialectes macédoniens peuvent être décrits comme inscrits dans un continuum entre le serbe de Belgrade et le bulgare de Sofia. La langue littéraire procède surtout des parlers occidentaux. Bien qu’une possibilité d’évolution des parlers macédo-bulgares vers une langue standard commune ait existé il y a un siècle, le contexte politique a favorisé la différenciation de deux langues littéraires, les Bulgares éliminant les turcismes plus précocement et plus systématiquement que les Macédoniens et incorporant à leur langue de nombreux mots russes, tandis que le macédonien empruntait au serbe et aux langues occidentales. Une approche dialectométrique montre qu’il s’agit aujourd’hui de deux langues distinctes en évaluant leur distance à 1,2, par référence à un seuil de 1 en deçà duquel on a affaire à des dialectes (guègue et tosque 0,17, turc littéraire et turc de Prizren 0,37) tandis qu’au-delà ils s’agit de langues différentes (français et occitan 1,22, occitan et italien 1,05, français et italien 1,54). »

 

Claude Hagège, Le souffle de la langue, p.188-189, Odile Jacob, 1992.

« Il se trouve qu’un des principaux arguments de part et d’autre est linguistique, ou se prétend tel. Selon la thèse officielle de Sofia, le macédonien n’est qu’un dialecte bulgare. Le gouvernement de Belgrade, pour sa part, au terme d’une politique d’absorption culturelle qui le réputait dialecte du serbo-croate et encourageait la connaissance de ce dernier, a fini par reconnaître le macédonien comme langue officielle de la République Fédérée de Macédoine. La réalité ne justifie ni l’une ni l’autre de ces causes politiques. Le macédonien est plus proche, certes, du bulgare que du serbo-croate, mais il est distinct des deux (il a perdu les déclinaisons slaves comme le bulgare, mais il diffère de ce dernier sur trois points au moins : l’article défini présente trois formes référant au proche, au lointain et à l’intermédiaire ; il n’a pas de marque spéciale pour le masculin singulier suffixé à un adjectif précédant un nom complément ; il existe un passé composé fait d’un auxiliaire « avoir » et d’un participe passé passif qui rappelle la forme correspondante du néo-grec, relique de l’infinitif aoriste classique). »

 

Francis Conte, Les Slaves, p.524, Albin Michel, 1996.

« Cyrille et Méthode avaient déjà hissé l’idiome slave de la région de Salonique au rang d’une langue littéraire, qui était régie par une grammaire et une syntaxe fixes. Les nombreuses traductions qu’ils avaient eux-mêmes réalisées, en particulier celle des Évangiles sinon de la Bible, celle de l’office comme celle de la liturgie, servirent ostensiblement de modèles. Clément sauva cette œuvre : il fut le continuateur le plus direct de Cyrille et Méthode, les pères de la culture médiévale slave. »

« Appelée ‘‘vieux slave’’, pour la période allant jusqu’au XIe siècle, elle devient la langue littéraire des Slaves orthodoxes, puisque leur activité littéraire commença par des travaux théologiques. »

 

Georges Castellan, Un Pays inconnu La Macédoine, p.22, Éditions Armeline, 2003.

« Cette ville [Thessalonique] était restée byzantine et l’administration du basileus s’y déployait avec, parmi les auxiliaires du gouverneur, un drungarios – colonel – qui avait deux fils, Méthode né en 815 et Constantin [Cyril], né en 826. Or le biographe du premier nous apprend qu’il avait été désigné par l’empereur « au gouvernement d’une principauté slave ». Ce qui indique que les environs de Thessalonique étaient occupés par des « slavinies ». Il était donc naturel que les deux jeunes gens aient appris la langue. Riche de cette connaissance, ils furent envoyés en 863 à Ratislav, prince de Moravie, slave également et qui avait demandé au basileus d’être mieux instruit, à partir de sa propre langue, dans le christianisme qui lui avait été apporté par l’Église franque. Constantin, polyglotte accompli, élabora un alphabet qui pût exprimer toutes les caractéristiques de la langue slave. Ce fut l’alphabet glagolitique. Avec l’aide de Méthode et de leurs disciples, il traduisit ensuite les Saintes Écritures du grec en slave macédonien. Celui-ci devenait ainsi une langue littéraire, adaptée aux Slaves de la Grande Moravie puis aux autres régions slaves. C’est ce que l’on appelle le « vieux-slave » et qui, utilisé par les Églises de ces peuples, devint le slavon. Remarquable apport de la Macédoine à la culture Universelle. »