Macédoine Situation

Macédoine-Situation 17. Le 14.06.2017

L’absolu criminel

ou

Grandeur et dignité

du crime contre l’humanité !

 

 

Philippe Bouchereau

 

 

Ayant abandonné provisoirement sur ordre de l’US-UE, afin de temporiser, le projet de la tyrannique plateforme de Tirana, Zaev, dirigeant du SDSM, ex-Parti communiste recoloré sans révolution interne en social-démocrate, a pu constituer son gouvernement le 31 mai 2017. Immédiatement, l’ONU-US-UE a exigé des réformes de fond en Macédoine, à commencer par le changement de nom de cette République. Réformer veut dire anéantir !

Interpréter l’histoire selon la théorie du complot c’est méconnaître l’histoire. Mais ce n’est pas parce que l’histoire n’est pas systématiquement complot qu’il n’y a pas de complots dans l’histoire. Encore faudrait-il s’entendre sur le sens du mot complot. Si l’on part de la définition énonçant qu’un complot est secret, seulement connu des initiés, alors on ne peut pas parler de complot concernant le projet en cours de liquidation de la Macédoine au profit de la Grande Albanie car tout se fait au grand jour, au vu et au su de l’opinion publique internationale. Il est vrai que les appareils d’État, de nombreux organes d’information et divers centres dits de recherches scientifiques désinforment largement l’opinion publique par mensonges et falsifications des faits.

Il n’y a pas de complot visant la destruction de la Macédoine. Il y a une stratégie explicite d’anéantissement de la Macédoine.

L’on fait grand cas du véto de la Grèce refusant l’intégration de la Macédoine dans l’OTAN et l’UE au prétexte que le nom « Macédoine » lui revient de droit, puisque la partie nord de la Nouvelle Grèce se nomme Macédoine. L’UE se satisfait de ce véto qu’elle soutient et entretient. Elle a, avec l’US, un autre projet : la Grande Albanie. Il n’y a pas que la Bulgarie ethnocidaire qui bave de joie.

L’enjeu réel de la nihilisation de la macédonité n’est pas affaire de nomination en tant que telle. Cette nihilisation ethnocidaire repose avant tout sur la « Grande Idée », celle de la Nouvelle Grèce racialisée, la Grande Grèce ethniquement pure.

La « Grande Idée » s’est réalisée d’abord sur fond ethnocidaire pour raison de conquête territoriale durant la Seconde Guerre balkanique, entérinée par les Grandes puissances criminelles avec le Traité de Bucarest de 1913. L’État grec a assassiné massivement les Macédoniens de la Macédoine en cours de grécisation ; a rasé, brûlé, toutes les traces mémorielles d’une présence macédonienne multiséculaire, datant du VIe siècle. L’esprit d’un peuple, la macédonité, est disparu dans la Nouvelle Grèce. En tant que telle, l’intention ethnocidaire ne s’inscrit pas dans la seule raison territoriale ou dans la réunification des Grecs, puisque la politique de conquête n’implique pas en soi la disparition de toute trace d’un peuple ou d’une partie d’un peuple. Plus tard, durant la guerre civile de « 1946-1949 », la purification s’est poursuivie et intensifiée, à ce point que les Macédoniens n’ont pas été liquidés seulement pour raison politique, surtout dans le but de réaliser une Macédoine grecque racialisée. Cette volonté accentuée de l’anéantissement partiel d’un peuple s’inscrit, par son intention dolosive, dans le cadre du droit pénal international de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, dès lors que l’on peut déterminer le passage de la raison politique ethnocidaire (conquête territoriale et Guerre civile) à la pure intention d’éliminer systématiquement, même partiellement, un peuple, au nom de la pureté de la race, la « Race-nation » grecque, selon la terminologie raciste des idéologues grecs. Il s’agirait de penser l’idée éminemment complexe, jamais abordée, du passage de l’ethnocide au génocide. Nonobstant, ces deux types de crime sont des crimes contre l’humanité et c’est là l’essentiel.

Et les Macédoniens, encore présents en « Macédoine » désormais criminellement grecque, n’existent pas en tant que Macédoniens. La nihilisation de la macédonité est la revendication du crime contre l’humanité. Par son véto, la Grèce exige une reconnaissance internationale de la nécessité de son crime contre l’humanité. Voilà bien une nouveauté ! Jusqu’ici, l’on était habitué à deux positions concernant le rapport des États à la réalisation de leurs grands crimes. Ou bien l’État reconnait son crime, l’État allemand a reconnu le génocide des Juifs, ou bien il le nie, l’État turc continue de nier le génocide des Arméniens. L’on aurait pu imaginer illusoirement qu’en étatique compensation de son crime contre l’humanité, la Grèce aurait reconnu le nom constitutionnel de la Macédoine. L’État grec a décidé d’innover : ni la reconnaissance ni la négation de son grand crime, mais la revendication de la grandeur et de la dignité de son crime contre l’humanité ! Revendiquer le nom de Macédoine, c’est revendiquer l’anéantissement des Macédoniens. Interdire le nom de Macédoine aux Macédoniens, c’est refuser l’existence des Macédoniens.

Comme on dit aujourd’hui dans le milieu des idéologues assassins, il fallait « sacrifier » la Macédoine pour la réalisation de la « Grande Idée ». Dès lors qu’il s’agit d’un « sacrifice », même peu orthodoxe, il n’y a pas de crime. Sacrifice et crime s’opposent. Le crime est un mal. Le sacrifice est un bien, ou un mal minoré pour un bien supérieur en valeur : la grandeur et la dignité de la nouvelle civilisation hellène racialisée pour le prétendu bien de l’humanité. Décidemment, même sur le plan criminel on n’arrête pas le progrès. Et les États européens soutiennent une telle « Grande Idée », envieux qu’ils sont de voir un État en passe d’être réellement, d’être déjà idéologiquement, l’unification d’un État avec une nation pure. En première ligne, l’axe franco-allemand, deux États en l’occurrence unis pour le pire pour les Macédoniens. Aucune Puissance n’est grande sans avoir pratiqué historiquement une haute culture du massacre, de la domination et de l’extermination. Et ces deux États, diversement, et unis parfois pour le pire des peuples et pour le meilleur de leur grandeur, sont savants en la matière. Et ils continuent afin de persévérer en leur être de Grande puissance. Dernièrement, l’État français, c’est-à-dire ses dignitaires démocratiquement élus, comme on dit, en a donné la preuve en participant activement, militairement sur décision politique, aux génocides en Bosnie et au Rwanda.

La « Grande Idée » réalisée : la pureté de la « Race-nation grecque ». La déraison idéologique proclame la pureté de la « race mentale »* grecque : la nouvelle civilisation hellène racialisée, fondée sur le crime contre l’humanité et reconnue en tant que telle par l’ONU-US-UE. L’absolu criminel !

* « Race mentale » est de la novlangue nazie. « Race mentale » est nihilisation dans la langue de l’idée de « l’esprit d’un peuple ». La « Grande Idée » de la Nouvelle Grèce est racialisation de l’esprit grec. En nihilisant la macédonité, la « race mentale grecque » nihilise aussi l’esprit grec.

 

Le 14 juin 2017