Macédoine Situation

Macédoine – Situation 6. Le 28.03.2017

Soutien de parlementaires européens à la Macédoine unie

Texte distribué et lu par le Comité français « Pour une Macédoine unie », lors de la marche pacifique organisée par les Associations macédoniennes de France, en soutien à l’Initiative citoyenne « Pour une Macédoine unie », le 26.03.2017, à Paris.

 

Lettre de Petir à Hahn : L’UE doit condamner la Plateforme de Tirana[1]

Marijana Petir[2], membre du Parlement européen et présidente du « Groupe des Amis de la Macédoine au Parlement européen[3] », a envoyé aujourd’hui une lettre à Johannes Hahn[4], commissaire européen pour les négociations à l’élargissement [de l’Europe], afin de l’alerter sur la situation et lui demander de prendre des mesures avec lesquelles Bruxelles contribueraient à calmer la situation en République de Macédoine, rapporte le correspondant de MIA [Agence d’information macédonienne] à Strasbourg.

15 Mars 2017 13h26

Dans la lettre parvenue à MIA, et que nous livrons ci-dessous dans son intégralité, Petir exige d’Hahn, au nom de l’Union européenne, de condamner la dite Plateforme de Tirana « parce qu’elle représente une ingérence directe d’un pays candidat dans les affaires intérieures d’un autre pays candidat, plus précisément en République de Macédoine. Cela pourrait devenir un dangereux précédent dans les relations internationales ». De même, Petir suggère à l’Euro-commissaire la tenue de nouvelles élections comme la solution pour démêler le nœud de la scène politique macédonienne.

 

« Monsieur Hahn, je vous écris profondément préoccupée par le développement des événements après les élections en République de Macédoine qui aggravent sérieusement la crise politique à laquelle le pays fait face depuis plus de deux ans. Les élections législatives anticipées qui se sont déroulées en décembre 2016 ont eu lieu dans une atmosphère démocratique et pacifique, sans aucune irrégularité. Le VMRO-DPMNE a remporté 51 sièges au Parlement, le SDSM 49, les partis de la minorité albanaise 20 sièges (DUI 10, Besa 5, Alliance des Albanais 3 et DPA 2).

La Plateforme de Tirana, qui a été convenue après les élections, avec le Président du Gouvernement de la République d’Albanie, M. Rama et trois partis parlementaires représentant la minorité albanaise en Macédoine (DUI, Besa et l’Alliance pour les Albanais), a fixé des conditions pour la formation d’un gouvernement en République de Macédoine qui sont contraires à la Constitution du pays. De plus, la dite plateforme de Tirana représente une violation flagrante de la Constitution macédonienne et met en péril les droits du peuple macédonien dans son propre pays. Exigeant des droits constitutionnels pour la minorité albanaise dont le nombre est inconnu en raison de l’ancienneté du dernier recensement. Elle jouit cependant pleinement de tous les droits des minorités dans le pays. La Plateforme met en danger les principes de l’Accord-cadre d’Ohrid et le caractère multiethnique du pays et place les autres minorités de Macédoine en position secondaire.

La plateforme de Tirana ne faisait pas partie du processus d’élection, mais a été créée après celui-ci, et est devenue une condition de formation du gouvernement macédonien. En outre, la Plateforme est établie dans un pays étranger (République d’Albanie) en accord étroit avec un gouvernement étranger. Les élections législatives anticipées avaient pour but de sortir de l’impasse politique et d’accélérer les réformes (comme l’Accord de Pržino et le Rapport Priebe) et non d’apporter de nouvelles plateformes ethniques. Ces deux documents n’ont pas été établis pour donner de nouveaux avantages à la minorité albanaise de la plateforme de Tirana[5], ils doivent déterminer les « lacunes systémiques » dans le pays-candidat.

Donner le mandat pour former un nouveau gouvernement signifie dorénavant être soumis au chantage de plateformes ethniques par une minorité dans le pays, comme recommandation d’un premier ministre d’un autre pays-candidat.

En regard du fait que l’adhésion de la Macédoine à l’UE est bloquée depuis 12 ans, l’Union européenne a une obligation et une responsabilité envers la République de Macédoine et la crise politique à laquelle est confronté le pays. Je vous exhorte à condamner cette dite plateforme de Tirana parce qu’elle représente une ingérence directe d’un pays candidat dans les affaires intérieures d’un autre pays candidat, plus précisément en République de Macédoine. Cela pourrait devenir un dangereux précédent dans les relations internationales, en particulier en cette période de baisse de la solidarité au sein de l’UE et dans le monde, également en ces temps de sécurité menacée dans le monde.

Vous avez déjà appelé tous les acteurs politiques concernés dans le pays à respecter les résultats des élections et les processus démocratiques afin de parvenir à un accord sur la formation d’un gouvernement nouveau et stable, dans le respect de la Constitution. Mais, au vue de l’impasse créée avec cette dite plateforme de Tirana, et dans l’impossibilité de parvenir à un accord, de nouvelles élections devraient alors être considérées comme une solution.

L’adhésion à l’UE a un pouvoir de transformation dans les Balkans occidentaux, ce qui est aussi votre portefeuille de compétences. La République de Macédoine méritait d’entamer ce processus depuis longtemps déjà, et l’UE a une responsabilité cruciale pour accélérer ce processus et rester engagée pleinement avec la République de Macédoine, en respectant sa souveraineté et ses institutions.

Respectueusement,

Marijana Petir, Eurodéputé »

 

[1] Texte traduit du macédonien, http://kurir.mk/makedonija/vesti/petir-so-pismo-do-han-eu-da-ja-osudi-tiranskata-platforma/ Toutes les notes sont de L’Intranquille.

[2] Député européen, croate, appartient au Groupe du Parti populaire européen (Démocrates-Chrétiens).

[3] « Un groupe informel sur le sujet avait été formé pour la première fois au Parlement européen durant le mandat précédent, 2009-2014. Il est composé d’eurodéputés de divers groupes politiques qui soutiennent l’intégration des pays des Balkans. Son objectif est d’améliorer la visibilité du pays au sein du Parlement européen. Marijana Petir, une eurodéputée croate du Parti populaire européen, a pris l’initiative de réinstaurer ce groupe, au grand désarroi de ses collègues grecs. », in « Au Parlement européen, les ‘‘amis de la Macédoine’’ irritent les Grecs », Sarantis Michalopoulos | EURACTIV.com | translated by Manon Flausch, 19 janv. 2016, http://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/au-parlement-europeen-les-amis-de-la-macedoine-irritent-les-grecs/

[4] Johannes Hahn, commissaire européen chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d’élargissement. Il succède à Štefan Füle, le 1er novembre 2014.

[5] Le commissaire Hahn ne cesse d’enjoindre les partis à la retenue pour ne pas enflammer les tensions interethniques. Or, c’est précisément en ne condamnant pas cette plateforme que l’UE pousse le pays dans des tensions interethniques soumettant la constitution du nouveau gouvernement à la condition de l’adoption de plateformes ethniques. Hahn va plus loin encore lorsqu’il dit qu’il n’y a plus de temps à perdre et que les manifestations de la population, de plus en plus massives : 43 villes, 200 000 personnes, sont insignifiantes. Seuls comptent les partis politiques et leur gestion de la crise. Le 21 mars Hahn et trois députés : Kukan, Vajgl, Fleckenstein se sont rendus en Macédoine en l’absence du président Ivanov qui avait pourtant prévenu au préalable qu’il ne pourrait les recevoir étant en Hongrie ce jour-là. L’un des trois députés qui l’accompagnait, Eduard Kukan, a déclaré dans une interview du 21 mars 2017 (voir vidéo en anglais http://novatv.mk/kukan-poposki-mi-potvrdi-deka-e-ustavno-i-bez-ivanov-da-se-pravi-vlada/) que le Ministre des affaires étrangères, Nicolas Poposki, aurait dit qu’il serait possible constitutionnellement de former le gouvernement sans le mandat du président Ivanov. Le journaliste lui rétorque que ce serait là la guerre considérant la population dans la rue. M. Kukan ramène alors à la responsabilité des partis sans tenir compte de la remarque. Poposki, quant à lui, a démenti (http://pozitiv.mk/poposki-demantira-deka-na-kukan-mu-posochil-formirane-vlada-bez-ivanov/). N’est-ce pas là une incitation à la formation d’un gouvernement contre la volonté de la population, contre la constitution et sans le mandat du président. Hahn de son côté souligne que ce n’est pas la volonté de la population qui compte mais le fait que ce pays doit apprendre à travailler sur la base de « plateformes » ! L’initiative citoyenne a demandé une audition à Hahn, lors de sa venue en Macédoine, mais celui-ci a déclaré qu’il n’avait pas de temps à perdre ! Pourtant Ivanov lui proposait dans son courrier d’utiliser le créneau prévu pour une rencontre avec la présidence pour aller à la rencontre de la population. Hahn a de même refusé de rencontrer les journalistes [l’Association macédonienne des journalistes MAN, l’Union indépendante des journalistes de Macédoine NSNM, le Conseil indépendant pour l’éthique NHS, qui l’ont accueilli devant le siège d’InfoEurope], venus dénoncer le rôle de l’UE-CJO [Bureau du Procureur Général] dans sa tentative de museler les médias qui ne constituent pas la « toile d’araignée de Soros » et qui ont été désignés « ennemis par Zaev [chef du SDSM » (Macédoine-Situation 5), en leur disant la « prochaine fois » [http://kurir.mk/makedonija/vesti/han-ja-primi-porakata-da-zapre-politichkiot-progon-na-novinari-mediumi-i-sopstvenitsite/]. Pourtant, dans son communiqué, Hahn se réfère à la volonté  citoyenne ! « That is the only way to get back onto the EU path – which is what your citizens want and deserve/ C’est le seul moyen de se remettre sur le chemin de l’UE – qui est ce que vos citoyens veulent et méritent. ». https://ec.europa.eu/commission/commissioners/2014-2019/hahn/announcements/joint-statement-commissioner-johannes-hahn-and-members-european-parliament-eduard-kukan-knut_en.